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Propositions de l'A.N.D.E.S. face à l'évolution des programmes d'aide alimentaire

À l’origine les programmes d’aide alimentaire étaient approvisionnés grâce aux surplus agricoles, appelés à disparaître au vu de la demande mondiale croissante. Cela va entraîner une réforme du système actuel. À l’A.N.D.E.S nous préconisons que cette évolution permette de passer d’une aide alimentaire distributive à une action plus dynamique prenant en compte les besoins et attentes des publics concernés et impliquant davantage d’acteurs du secteur alimentaire : producteurs, industriels, grande distribution…

Si l’aide d’urgence doit rester une priorité face à des personnes en rupture économique et sociale, il apparaît important de développer largement une autre forme d’intervention, plus valorisante pour celui qui la reçoit et répondant à ses attentes :
- Un plus grand choix de produits proposés,
- Des modes de fonctionnement plus souples en termes d’horaires,
- Des lieux moins stigmatisants,
- Des actions plus dynamiques,
- Une participation financière qui permet une réciprocité d’échange et ayant valeur d’éducation budgétaire.
- Une meilleure prise en compte des goûts et habitudes culinaires.

De plus, seul 1% des populations concernées s’inscrit dans les repères du PNNS 2 de consommation de 5 fruits et légumes par jour. Et l’on connaît le lien étroit qui s’exerce entre pauvreté-précarité et obésité, conséquence d’une alimentation négligée et de son désinvestissement lorsqu’elle est réduite à sa seule fonction d’ordre physiologique, ayant perdu son vecteur de plaisir.
Enfin, il est à noter que l’ensemble des travailleurs sociaux souhaite que les politiques publiques soient axées vers un accompagnement des personnes leur permettant une réappropriation de l’alimentation.

Le système actuel conduit à une récupération importante de produits élaborés qui contribuent à déstructurer l’acte de faire à manger, à limiter la légitimité du rôle de parents dans l’acte de nourrir les siens et surtout engendre une augmentation du coût du repas par les habitudes créées autour de produits élaborés au lieu de produits de base.
Il convient également de passer d’un « choix de produits contraint par l’offre » à une « liberté offerte par le choix ». En effet, la diversification reste faible, avec une majorité de produits sans marque, traduisant une option de stigmatisation, peu attractifs et demandant des efforts pour les rendre agréables à consommer.
Les points forts de ce dispositif sont la facilité d’accès à ces produits de récupération, mais l’étalement de la mise en œuvre du programme annuel provoque des périodes de creux dans l’approvisionnement.
Ses points faibles sont liés aux logiques de réseaux qui se sont mis en place, créant des disparités d’approvisionnement.

Il est important de s’orienter vers des gisements peu ou pas exploités à ce jour (productions en fruits et légumes et/ou produits de la mer) et qui, de plus, peuvent s’inscrire dans les prochaines renégociations PAC et OMC :
- Valorisation de fruits et légumes invendus des M.I.N., ou provenant de l’articulation du dispositif de la gestion des crises agricoles et de retraits des productions avec l’aide alimentaire,
-  Valorisation des produits de la mer invendus lors des criées.
Ces dispositifs de valorisation pourraient être gérés par des chantiers d’insertion, permettant de créer de l’insertion professionnelle sur les différents M.I.N. Ils livreraient sur les zones concernées l’ensemble des associations oeuvrant sur le champ de l’aide alimentaire par une gestion logistique locale.

Au plan européen, les produits actuels, issus des politiques de retraits (lait et céréales), après indemnisation des producteurs, sont transformés par des industriels (parfois à l’étranger) via des traders. Il faut ensuite ajouter à ces frais, ceux de logistique et transport au niveau (inter)national, ainsi que les subventions de fonctionnement des associations distributrices de l’aide alimentaire. Il serait intéressant de comparer le montant consacré par l’Europe à l’ensemble de cette politique face au coût d’achat direct de ces mêmes produits transformés dans les enseignes, à partir du moment où les produits de retrait disparaissent

A l’A.N.D.E.S, nous avons mis en place depuis le second semestre 2008, cette deuxième forme d’approvisionnement, en négociant directement auprès de distributeurs après abandon de leur marges, des denrées alimentaires ciblées (ni trop de graisse ou de sucre, produits de marques nationales), sous forme de bons d’achats dans les enseignes proches des épiceries solidaires. Les objectifs sont de :
- Réduire la stigmatisation du public concerné en proposant un produit valorisé et de marque,
- Profiter de la capacité de négociation financière des enseignes auprès des industries agroalimentaires,
- Organiser la livraison des structures à partir du maillage de la grande distribution,
- Libérer les associations des soucis de stockage,
- Simplifier la logistique,
- Libérer du temps pour accompagner les usagers,
- Gérer uniquement au niveau de la distribution des produits à DLC ou DLUO adéquates,
- Inscrire les enseignes dans une logique de partenariat gagnant/gagnant
- Réimpacter cette politique dans l’économie française par des achats sur le marché national
- Inscrire le projet dans un concept de développement durable, et de circuits courts liés à l’agriculture locale

Nous préconisons également une traçabilité matière à l’euro et au kilo près vers les usagers par un logiciel que nous développons, labellisé CNIL et permettant de gérer dans sa totalité la gestion d’une épicerie solidaire (gestion des commandes, des stocks et suivis des ventes au client) d’où une vision nationale pour l’Etat de l’aide alimentaire de notre réseau.