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Impacts de la mise à disposition de fruits et de légumes frais auprès des populations ayant recours à l'aide alimentaire

Etude réalisée pour le compte du Haut Commissariat aux solidarités actives contre la pauvreté, par Eric Birlouez et le cabinet Epistème

L'A.N.D.E.S. a remis le 3 mars 2010 à Martin Hirsch, alors Haut Commissaire aux Solidarités Actives contre la Pauvreté, le rapport d'évaluation du dispositif mis en place par l'A.N.D.E.S. sur le Marché d'Intérêt National (M.I.N) de Rungis depuis avril 2008. Ce chantier d'insertion, le Potager de Marianne, distribue quotidiennement aux associations caritatives de la région d'Ile-de-France 5 tonnes de fruits et légumes, issus soit des stocks d'invendus, soit d'achats auprès des grossistes du M.I.N. Ces produits sont ensuite donnés (dans le cas des structures d'aide proposant des colis alimentaires) soit vendus à très bas prix (dans le cas des épiceries solidaires) à des personnes en situation de précarité.

Les deux objectifs de l'étude menée par le cabinet Epistème et le sociologue Eric Birlouez, étaient :
- de déterminer si cette mise à disposition se traduisait par une hausse effective de la consommation de fruits et légumes chez les personnes fréquentant ces structures caritatives.
- d'apprécier l'intérêt de mettre en place des actions d'accompagnement, comme par exemple des ateliers de cuisine, susceptibles de renforcer l'impact de cette mise à disposition.

Les conclusions de l'étude

Augmentation de la consommation de fruits et légumes
Basée sur une enquête quantitative de grande ampleur, l'étude montre que la mise à disposition de fruits et de légumes frais dans les structures d'aide alimentaire se traduit par une augmentation de la consommation de fruits et légumes chez les publics concernés. Cette augmentation est statistiquement significative dans les épiceries solidaires.

Quelques chiffres :
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Dans les épiceries solidaires:
Les personnes qui fréquentent une épicerie proposant des fruits sont deux fois plus nombreuses à déclarer consommer au moins 2 fruits par jour que celles qui fréquentent une épicerie ne proposant pas ces produits (43% contre 23%). La proportion est de 52% contre 30% pour les légumes.
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Dans les structures distributrices de colis alimentaires:
Les personnes concernées sont plus nombreuses (55% contre 45%) à déclarer consommer chaque jour des légumes frais quand leur structure leur en propose.
Parmi les personnes interrogées, 9 sur 10 affirment manger en totalité les fruits et légumes qui leur sont remis. Seule une infime minorité déclare n'en consommer qu'une partie et échanger ou donner le reste.

⇒ Ces résultats montrent clairement l'intérêt d'étendre le dispositif auprès de tous les bénéficiaires de l'aide alimentaire, afin d'accroître la consommation en fruits et légumes de ces populations démunies.

Les ateliers culinaires : facteurs d'alimentation équilibrée et d'insertion sociale
Si la plus grand accessibilité financière des fruits et légumes frais se traduit par une augmentation de leur consommation, celle-ci reste cependant bien en deçà des recommandations formulées par les instances de santé publique ("au moins 5 fruits et légumes par jour" selon les repères du PNNS).

En effet, au delà des contraintes matérielles, il existe un ensemble de freins d'ordre socioculturels à la consommation de ces produits: manque de savoir-faire culinaire, absence d'habitude de consommation, manque de motivation pour faire les courses, la cuisine, ou pour se mettre à table, absence d'attrait sensoriel des fruits et légumes auxquels on préfère les produits gras et sucrés.

La multiplicité et la diversité de ces freins montre la nécessité de proposer des actions d’accompagnement destinées à créer les conditions et l’envie nécessaires pour préparer, cuisiner et manger ces aliments bénéfiques à la santé.
Parmi ces actions, les ateliers de cuisine de préparation des fruits et légumes, pour peu qu'ils s'inscrivent dans la durée, présentent de nombreux avantages:
        
susciter un éveil sensoriel à ces produits et utiliser le plaisir comme levier de consommation.
            rendre ces aliments familiers et donc acceptables
            ► faire passer des principes d'alimentation équilibrée par le biais d'une activité conviviale et participative, plutôt que par la diffusion de messages nutritionnels, peu efficaces et jugés coercitifs.
            ► favoriser la transmission de savoirs et de savoirs-faire culinaires entre les personnes et les générations.
        
lutter contre l'isolement et renforcer l'estime de soi des personnes qui se disent fières de faire découvrir leurs recettes et leur culture.

"Idéalement, la proposition d'un programme d'ateliers culinaires ou d'actions du même type, devrait toujours accompagner la mise à disposition de fruits et de légumes frais par les structures d'aide alimentaire. Mais cela suppose d'apporter des réponses aux contraintes et limites (matérielles, humaines, financières) rencontrées sur le terrain".